Editorial

La rage au Maroc cause en moyenne 22 décès humains par an. Selon l’ONSSA, le nombre d’animaux morts de la rage chaque année serait de 376 par an en moyenne, sur la période 2000/2012.

Les morsures sont le plus souvent le fait de chiens, c’est donc sur cette espèce que portent les efforts de vaccination et de contrôle. La couverture vaccinale reste inférieure à 20%, l’objectif visé étant de dépasser les 70% de chiens vaccinés pour enrayer la propagation de la rage.

20.000 personnes mordues font l’objet d’une immunisation contre la rage. Le coût étant de 500 dirhams par traitement, le total atteint 10 millions de dirhams.

L’autre technique de lutte contre la rage canine, en plus de la vaccination, est la réduction de la population canine par empoisonnement, abattage au fusil, euthanasie au Dolethal. 200.000 chiens sont ainsi éliminés chaque année soit à peu près 10% du cheptel canin national. Ce chiffre, très important dans l’absolu, reste non significatif pour la lutte contre la rage car il ne nous rapproche pas vraiment du taux de 70% de chiens vaccinés cité plus haut.

Par ailleurs l’utilisation de la strychnine pose un certain nombre de problèmes humains et environnementaux:

  1. Son utilisation est incompatible avec les normes internationales et portent atteinte à l’image du pays.
  2. Des chiens autres que les chiens errants sont susceptibles de consommer les appâts et d’en mourir. La faune sauvage peut également être touchée.
  3. Des enfants peuvent jouer ou manipuler ces appâts et être contaminés, ne serait ce que par voie transcutanée.
  4. Des centaines de milliers d’appâts empoisonnés déposés dans la nature, en zone rurale, en zone urbaine, sont susceptibles de polluer le sol ou les nappes phréatiques. En effet, certains appâts ne sont pas consommés, les cadavres de chiens empoisonnés ne sont pas ramassés. Certains sols, tels que les sols acides ou les sols ne possédant pas une flore microbienne riche, ne permettent pas une biodégradation satisfaisante de la strychnine qui intègre de ce fait le cycle de la chaîne alimentaire.

Le taux de couverture vaccinale peut être notablement amélioré par le recours aux appâts vaccinaux, distribués à la manière des appâts empoisonnés ou remis aux propriétaires de chiens à l’image de ce qui se pratique en Tunisie ou en Turquie. Ces appâts vaccinaux pourraient être combinés avec l’administration de Praziquantel pour lutter contre le kyste hydatique, autre zoonose majeure liée au chien dans notre pays.

Par ailleurs, le contrôle indispensable de la démographie canine au Maroc, plutôt que de s’effectuer par des abattages massifs, pourrait s’effectuer par la stérilisation chirurgicale des chiens errants mâles et femelles. Cette opération peut être confiée aux vétérinaires privés moyennant une prise en charge par l’état, à l’image de ce qui se fait pour les campagnes de vaccination des ruminants domestiques.

Dr Yassine JAMALI
Dr. Yassine JAMALI
Agriculteur et Docteur Vétérinaire